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Les Tournesols

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Vincent van Gogh, Les Tournesols, 92 × 73 cm, août 1888 (Neue Pinakothek, Munich, Allemagne)

Les Tournesols est le nom attribué à deux séries de peintures réalisées par Vincent van Gogh. La première est exécutée lors de son séjour à Paris en 1887, avec des tournesols qui sont alors posés au sol. La seconde comprend sept toiles réalisées lors de son séjour à Arles en (quatre tableaux) et en (trois tableaux, sous-série intitulée Les Répétitions) ; elle représente des bouquets de tournesols dans des vases.

La série des Tournesols parisiens

On sait peu de choses des activités de Vincent van Gogh durant les deux années où il vit avec son frère Théo à Paris, entre 1886 et 1888. Il réalise une première série de tournesols posés au sol.

Tournesols, 21 × 27 cm, Musée Van Gogh, Amsterdam
Tournesols, 43,2 × 61 cm, Metropolitan Museum of Art, New York
Tournesols, 50 × 60,7 cm, Musée des Beaux-Arts de Berne
Tournesols, 60 × 100 cm, Kröller-Müller Museum, Otterlo
Huiles sur toiles

Dans une lettre à son frère datée d'août 1888, alors qu'il est installé à Arles, il évoque un détail de ce séjour parisien qui lui inspire la série des Tournesols : « A côté de ton magasin, dans le restaurant, tu sais bien qu’il y a une si belle décoration de fleurs là, je me rappelle toujours le grand tournesol dans la vitrine. » Il s'agit d'un restaurant appartenant à la chaîne Duval qui, en 1900, portera le nom Le Soleil, d'après une photographie de l'époque. Il est situé à côté de la galerie Goupil & Cie où travaille Théo, au 21 boulevard Montmartre[1].

La série des Tournesols arlésiens

« Je suis en train de peindre avec l'entrain d'un Marseillais mangeant la bouillabaisse ce qui ne t'étonnera pas lorsqu'il s'agit de peindre des grands Tournesols. »

— Vincent van Gogh, Correspondance Générale : Tome III, Gallimard, Paris, 1990

Croquis de l'idée de triptyque, lettre à Théo van Gogh.

En , alors qu'il habite à Arles, Vincent van Gogh réalise une peinture représentant un vase avec douze tournesols, ainsi qu'un vase avec quinze tournesols. L’artiste a toujours considéré ces deux premiers tableaux comme un ensemble ; il songera même plus tard à les encadrer aux côtés de La Berceuse (Augustine Roulin), afin de créer un triptyque symbolisant la gratitude[2],[3],[4].

Ainsi débute la série de natures mortes à l'huile sur toile sur le thème du tournesol. Elle est définie en deux temps, avec une première production de quatre toiles en août 1888, dont le résultat semble satisfaire l'artiste et le motiver à continuer. Dans une lettre à son frère Théo, datée du 22 août 1888, il lui explique : « J'ai 3 toiles en train, 1) 3 grosses fleurs dans un vase vert, fond clair (toile de 15), 2) 3 fleurs, une fleur en semence et effeuillée & un bouton sur fond bleu de roi (toile de 25), 3) douze fleurs & boutons dans un vase jaune (toile de 30). Le dernier est donc clair sur clair et sera le meilleur j'espère. Je ne m'arrêterai probablement pas là. »[5] Effectivement, une seconde production de trois toiles voit le jour en janvier 1889.

L'ensemble de la série procède comme suit :

Paul Gauguin et les Tournesols

Paul Gauguin, Vincent van Gogh peignant des tournesols, 1888

Au départ, Van Gogh conçoit cette série en vue de décorer la future chambre de Paul Gauguin, dans l'atelier qu'ils s’apprêtent à partager. « Dans l'espoir de vivre dans un atelier à nous avec Gauguin je voudrais faire une décoration pour l'atelier. Rien que des grands Tournesols. [...] Enfin si j'exécute ce plan il y aura une douzaine de panneaux. Le tout sera une symphonie en bleu et jaune donc. J'y travaille tous ces matins à partir du lever du soleil. Car les fleurs se fanent vite et il s'agit de faire l'ensemble d'un trait. »[5]

Paul Gauguin s'installe dans la Maison jaune avec Vincent van Gogh à partir du 23 octobre 1888. Il s'avère impressionné par les deux toiles déjà produites, au grand plaisir de l'artiste néerlandais : il dira des toiles qu'elles sont « complètement Vincent ». Les deux peintres ont des conceptions de l'art parfois très différentes, qui génèrent de nombreuses disputes entre eux et aboutissent au départ de Paul Gauguin le 25 décembre 1888. Malgré tout, celui-ci reste admiratif de cette série et, dans une lettre, lui demandera un tableau comme cadeau mais Van Gogh refusera[3],[4],[8].

Description et analyse

Composition, couleurs

La composition des tableaux est d'une extrême simplicité. Couleurs et contours délimitent les différents espaces : le fond de la pièce, le plan d'appui et le vase. Alors que tout ce qui entoure les bouquets fait l'objet d'un traitement sobre, presque sommaire, les tournesols bénéficient d'un soin pictural minutieux[11]. Cette opposition entre simplicité formelle et la puissance chromatique tire son origine de l’art de l’estampe japonaise, très influent sur le travail de Vincent van Gogh ; elle laisse également transparaître un lien avec le mouvement du cloisonnisme, cher à Gauguin et à l'école de Pont-Aven[2]. Les tableaux sont innovateurs pour l'époque par l'utilisation d'un large spectre de jaunes, rendue possible par l'invention de colorants[3].

« Mais évidemment, j’ai peint de nombreuses autres études ou peintures pendant tout ce temps. Entre autres cet été, deux fleurs avec rien que des tournesols dans un pot en terre cuite jaune. Peint avec les trois jaunes chromates, l'ocre jaune et le vert "véronèse" et rien d'autre. »Lettre à Arnold Koning, 22 janvier 1889[12]

— Vincent van Gogh

Choix du tournesol

Un an avant cette série, en 1887, Vincent van Gogh avait déjà peint des tournesols dans les toiles Lotissement avec tournesols, Abri avec tournesols et Tournesol en graines, aujourd'hui dans la collection du Musée Van Gogh d'Amsterdam.

Lors de son séjour à Paris (1886-1888), Vincent van Gogh remarque que de nombreux artistes français peignent des natures mortes de fleurs, certains se sont spécialisés dans le genre, qui s'est bien vendu. Il s'y met lui aussi, dans l'espoir de vendre, mais procède différemment : il utilise ce thème pour pouvoir expérimenter la couleur et la technique de peinture. À l'été 1886, il ne peint pratiquement rien d'autre que des natures mortes de fleurs.

Après avoir pris différentes fleurs comme modèle, il choisit le tournesol. On doit avant tout le choix de ce sujet aux difficultés financières que subissait alors le peintre. Dans l'incapacité de rémunérer des modèles vivants, qui est pourtant son thème de travail favori, il doit se contenter de peindre des paysages ou des natures mortes. Vincent van Gogh apprécie également les variations de teintes qu'offre la plante ; il ne cesse de chercher une « haute note jaune » dans ses toiles. Le tournesol apparaît tout aussi bien dans son œuvre comme sujet central mais aussi dans des paysages. Enfin, le caractère rustique et peu élégant de la plante sont peut-être ce que cherchait l'artiste. Le tournesol devient indissociable de l'artiste ; à sa mort, des amis déposeront des tournesols sur sa tombe[4],[11],[13].

« Si Jeannin a la pivoine, Quost la rose trémière, moi, avant les autres, j'ai pris le tournesol. »Lettre à Paul Gauguin, 21 janvier 1889

— Vincent van Gogh

Analyses aux rayons X

En 2014, le Musée Van Gogh d'Amsterdam réalise une radiographie aux rayons X de leur version des Tournesols. Les radiographies montrent un travail au pinceau de Van Gogh appliqué vigoureusement et rapidement, révélant ainsi des indices sur son ordre de travail. La peinture la plus épaisse est visible dans les têtes de tournesol elles-mêmes. L'analyse révèle également que Vincent a ajouté une bande de bois supplémentaire, d'environ 3 cm de large, pour étendre la toile de la version Amsterdam, peut-être en raison des dimensions du cadre prévues. Sans cette bande, les deux toiles sont pratiquement identiques (format standard français, dit « toile de 30 »). Le tableau s'avère très fragile, sensible à la luminosité et l'humidité[14] ; en 2019, le musée prend la décision de ne plus le déplacer[15].

Dans le tableau de la National Gallery de Londres, la structure interne montre que Vincent a travaillé avec un espace initial non peint laissé en réserve pour une grande partie du bouquet de tournesols, défini d'abord comme un dessin au trait sommaire. Il a ensuite posé le fond peint uni, le finissant avec d'autres contours de peinture après que la majorité des fleurs aient été appliquées en couche épaisse. Van Gogh a suivi le même schéma général en créant la version d'Amsterdam[3],[14].

Postérité

Achats posthumes

En 1887, deux toiles sont exposées au restaurant le Grand Bouillon, avenue de Clichy à Paris. Paul Gauguin se les procure en échangeant deux de ses tableaux et expose ses nouvelles acquisitions au-dessus de son lit, dans son atelier[11].

En 1891, l'écrivain Octave Mirbeau en achète un au père Tanguy, le fournisseur de peinture de Vincent van Gogh, pour 300 francs (900 euros de 2020)[16].

Destruction de Vase avec cinq tournesols

Vase avec cinq tournesols, 98 × 69 cm, août 1888, détruit entre le 4 et 5 août 1945, Japon

Les 4 et 5 août 1945, l'armée américaine bombarde le Japon. La toile Vase aux cinq tournesols disparaît dans un incendie à Ashiya. Le tableau avait été acheté par Koyta Yamato en 1921. En 1922, le tableau est exposé à deux reprises. C'est au cours de sa seconde exposition, à Osaka, que le cadre extrêmement lourd du tableau tombe, endommageant le châssis, sans heureusement toucher la peinture elle-même. Yamato refuse donc par la suite que le chef-d'œuvre soit à nouveau exposé. On pense que le lourd châssis a joué un rôle dans la destruction du tableau au cours du bombardement américain, car il n'a pu être déplacé en raison du poids du cadre[7],[16],[17].

Record aux enchères

En , le magnat japonais de l'assurance Yasuo Goto achète l'un des tableaux pour l'équivalent de 40,8 millions d'euros lors d'une vente aux enchères chez Christie's à Londres, prix qui constitue à l'époque un record pour une œuvre de Van Gogh[9],[16].

Dans la culture populaire

Femme devant "Les Tournesols" de van Gogh, Isaac Israëls, 1917. Museum de Fundatie, Zwolle, Pays-Bas[18]
  • En 1917, le peintre hollandais Isaac Israëls fait apparaître l'un des tableaux dans une toile intitulée Femme devant "Les Tournesols" de van Gogh.
  • L'onéreuse acquisition d'un des tableaux par Yasuo Goto fait réagir le chanteur Jean Ferrat, qui compose en 1991 Les Tournesols, où il s'insurge de la somme mirobolante consacrée à cet achat et pense à la misère dans laquelle a vécu Vincent van Gogh. L'artiste avait déjà composé la chanson L'Homme à l'oreille coupée en hommage au peintre en 1962[16].
  • Les Tournesols sont au centre de l'intrigue du dix-neuvième film de la franchise Détective Conan sorti en 2015.
  • L'un des tableaux, sous le titre de toile florale , est une des nombreuses toiles présentes dans le jeu vidéo Animal Crossing : New Horizon , paru en 2020.
  • Dans l'épisode 5 de Samurai champloo, l’œuvre d'un artiste japonais fictif est présenté comme ayant inspiré ""Les Tournesols"" à van Gogh.

Références

  1. « To Theo van Gogh. Arles, Tuesday, 21 or Wednesday, 22 August 1888. », Lettre n°666, sur http://vangoghletters.org (consulté le 25 novembre 2020)
  2. a b et c « Chef d’œuvre Neue Pinakothek », sur pinakothek.de (consulté le 24 novembre 2020)
  3. a b c d et e (en) National Gallery, « The Sunflowers », sur nationalgallery.org.uk (consulté le 24 novembre 2020)
  4. a b et c (en) Van Gogh Museum, « 5 things you need to know about Van Gogh's Sunflowers », sur vangoghmuseum.nl (consulté le 24 novembre 2020)
  5. a et b Vincent van Gogh (trad. Maurice Beerblock et Louis Roëdlandt), Correspondance générale, t. 3, Gallimard, , 752 p. (ISBN 2070720306)
  6. Dans la lettre à son frère, précédemment citée, Vincent van Gogh évoque une toile avec 5 fleurs au format "toile de 25" soit 81 × 65 cm.
  7. a et b (en) Clark Art Institute, « Still Life: Vase with Five Sunflowers », sur flickr.com, (consulté le 24 novembre 2020)
  8. a et b (en) Van Gogh Museum, « Sunflowers - Vincent van Gogh », sur vangoghmuseum.nl (consulté le 24 novembre 2020)
  9. a et b (en) Sompo Museum, « Collection | Sompo Museum », sur sompo-museum.org/ (consulté le 24 novembre 2020)
  10. (en) Philadelphia Museum of Art, « Collection », sur philamuseum.org (consulté le 24 novembre 2020)
  11. a b et c Vincent van Gogh : Les Tournesols, Florence, Le Monde - Scala Group International, coll. « Le Musée du Monde », , 48 p.
  12. http://vangoghletters.org/vg/letters/let740/letter.html
  13. Van Gogh Museum, « Unravel Van Gogh | Vincent's flower », sur ontrafel.vangogh.nl (consulté le 24 novembre 2020)
  14. a et b (en) Van Gogh Museum, « Unravel Van Gogh | Creating space », sur ontrafel.vangogh.nl
  15. « Fragiles, les "Tournesols" ne quitteront plus le musée Van Gogh d'Amsterdam », sur francetvinfo.fr, (consulté le 25 novembre 2020)
  16. a b c et d Jules Boudier, « "Les Tournesols" de Van Gogh : aux origines de cette série de tableaux mythique », sur francetvinfo.fr, (consulté le 25 novembre 2020)
  17. (en) Van Gogh Museum, « Unravel Van Gogh | Body scan », sur ontrafel.vangogh.nl (consulté le 24 novembre 2020)
  18. (nl) « Home - Museum de Fundatie », sur www.museumdefundatie.nl (consulté le 30 mars 2017)

Annexes

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

  • Gérard Denizeau, Van Gogh, maître de la couleur, Barcelone, Larousse, , 128 p. (EAN 9782035941800), p. 64-65
  • Ingo F. Walther et Rainer Metzger (trad. Catherine Jumel), Vincent van Gogh, 1853-1890 : Vision et réalité, Taschen, , 95 p. (EAN 9783822861684), p. 135-140
  • Didier Beaujean, Van Gogh, Ullmann Publishing, coll. « Mini du grand art », , 96 p. (ISBN 3833113901), p. 54-55
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